Reglement de comptes sur Main Street...
C'est bien connu, la rue principale dans presque toutes les villes américaines s'appelle Main Street..
Et bien, ça chauffe dans Main Street... Collectivités locales contre opérateurs privés de télécommunications et cablo-opérateurs : la hache de guerre est déterrée... Les protagonistes ne vont pas tarder à se retrouver à OK Corral.
Les premières veulent prendre leur destin en main : booster l'économie locale et apporter l'Internet à bon débit à tous leurs citoyens, même les plus pauvres. A tort ou à raison, les élus de ces collectivités pensent que la mise en oeuvre d'une infrastructure à TRES haut débit sur leur territoire est de nature à fouetter leur économie locale, au détriment des collectivités locales d'à côté, qui n'ont pas à leur tête d'élus "visionnaires". Ils ne veulent plus s'en remettre au bon vouloir d'une société privée. Cela tombe bien. Avec des réseaux nouveaux type Ethernet/Internet à TRES haut débit (fibre) on fait tout passer dans le tuyau (data, voix, vidéo...). Et le sans fil à bon débit arrive. De plus, ces types de réseau sont beaucoup plus simples à gérer que du SDH/ATM pour la voix, ou du DOCSIS pour la vidéo... Donc des coûts d'exploitation plus faibles.
Les seconds quant à eux, recherchent le profit. C'est normal, me direz-vous, quand on est une société privée oeuvrant dans un système libéral ou néo-libéral. On ne tient pas à investir dans des endroits peu fréquentés. Et en plus on fait ce que l'on veut...
Et de clamer partout que ces vilaines collectivités locales font une concurrence déloyale en finançant leur "municipal broadband" par les impôts, taxes et autres emprunts obligataires municipaux. Ce qui leur permet de proposer des prix défiant toute conccurence. Et c'est d'autant plus vexant, que ces telcos et cablos payent aussi des taxes aux collectivités, taxes qui en définitive se "retournent" contre elle.
Cette situation conflictuelle, privé versus public, n'est certes pas nouvelle dans le domaine des infrastructures. Cela a été le cas avec le chemin de fer, le réseau électrique, les routes, les autoroutes.... Les démocraties, dans le domaine des infrastructures, ont toujours évoluées entre les 2. Un coup c'est public, le lendemain cela devient privé ou vice versa. C'est on ne peut plus curieux...D'ailleurs l'histoire des infrastructures dans les démocraties restent à écrire. En tout cas cela serait un bon devoir sur table pour nos jeunes énarquillons (apprentis énarques).
Mais revenons au pays des cow-boys...
Le lobbying va bon train outre-atlantique... Plusieurs villes ont pris la tête de la rébellion. En premier lieu Philadelphie (normal : c'est la ville de la Constitution Américaine) avec son énorme projet wifi (vous pouvez lire son business plan ici). Puis les villes du projet Utopia autour de Salt Lake City (fibre). Chicago aussi. Mais aussi des bleds pommés comme Scottsburg dans l'Indiana... ou Ashland dans l'Oregon.
Ou encore Lafayette sur le golfe du Mexique. Lafayette est d'ailleurs l'exemple type. C'est une ville pétrolière. Mais les réserves du golfe du Mexique diminuent. Les élus se demandent comment faire pour remplacer à terme ces industries, et attirer des entreprises d'autres secteurs d'activités. Le "broadband mais c'est bien sûr !"... D'autant plus que l'université de la ville est en pointe en computer science. Notons que Pau en France est un peu comme Lafayette... La ville d'Henri IV est la capitale historique du pétrole/gaz en France avec Lacq et Elf qui y avait son siège social. Lacq, à 20 kilomètre à l'ouest de Pau, va fermer dans 5 à 10 ans... So what, on fait quoi ? (c'est d'aprés ce que l'on m'a dit 5.000 emplois qui seraient sur la balance...).
Le lobbying des telcos/cablos US, qui pour une fois, la main dans la main, s'entendent comme larrons en foire (tout en s'étripant sur le marché) se fait entendre. 13 Etats par exemple ont voté des lois pour empêcher les villes de se lancer dans la construction d'infrastructure à TRES haut débit filaire ou non (le récent lancement du Wimax par Intel va mettre de l'huile sur le feu je pense). Des sociétés d'études s'y mettent comme NMRC (New Millenium Research Council) qui a publié en février dernier une étude : "Not in the Public Interest, the myth of municipal Wi-FI network" qui décrit plusieurs cas de villes qui se sont lancées la-dedans et ont raté leur coup (comme Marietta en Géorgie). Mais NMRC est accusé d'être financé par les telcos/cablos...
Comme on le voit la chose n'est pas simple, et le régulateur ne sait plus à quel Saint se vouer. C'est une situation à la Tombstone. On attend Wyatt Earp et Doc Holliday.
Vous trouverez une carte interactive des différents projets de "municipal brodband" dans les états américains ici.
Et en Europe ? Les choses sont plus calmes... plus feutrées... Quelques escarmouches deçi-delà (FT dans le Limousin par exemple...). Mais je pense que dans les 2 ans, on ne va pas tarder à s'étriper aussi. Le temps que nos élus comprennent que le TRES haut débit c'est important.
On pourrait faire sur le thème infrastructures et démocratie quelques réflexions..
1/ la question des infrastructures est une question fondamentale dans une économie d'un pays démocratique. Or, personne n'en parle en France et en Europe. Même pas dans la Constitution Européenne. Un comble.
2/ la technologie évolue. Pourquoi donc entretenir plusieurs "vieilles" infrastructures, alors qu'une seule suffirait ? N'est-ce pas de la gabegie ?
3/ personnellement, à moins que vous me convainquiez du contraire, je pense que c'est aux collectivités locales et à l'Etat Europe, de mettre en oeuvre une stratégie large bande filaire (fibre) et sans fil de type Wimax/wifi (pardon ASFI... - au fait Wimax on dit comment ?)... Quand une infrastructure est, ou va être utilisée par le plus grand nombre, voir par tout le monde comme l'électricité, c'est du ressort du public et non du marché, car aucune infrastructure n'est rentable...
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Connaissez vous le proverbe : "Ne pas mettre tous ces oeufs dans le meme panier" ?
Rédigé par: Michel | 09/05/2005 at 08:24
A propos de Lacq je croyais que c'était rêglé ? On en parlait déjà il y a 15 ans quand j'habitais le Sud Ouest !
Rédigé par: Jacques | 09/05/2005 at 08:54
Bizarrement, quand il y a eu la coupure d'électricité de ce week end, j'ai été assez content de ne pas avoir qu'une ligne téléphone IP.
Rédigé par: Olivier | 09/05/2005 at 09:35
Je suppose que vous connaissez le site d'Esme Vos, http://www.muniwireless.com
Mais cette histoire du privé attaquant les CT est édifiante, ne serait-ce que dans le Val de Saintonges!
Rédigé par: leblase | 10/05/2005 at 20:17