Chine again
Imprimante d'occas...

Emperors versus Barbarians

Réflexions dominicales

Dimanche 7 novembre 2004 - Bonne fête aux Karine...

Un philosophe maghrébin du XIIIème siècle dénommé Ibn Khaldoun (1331-1406) a pour la première fois, essayé d'expliquer l'Histoire des Homo Sapiens, en faisant abstraction de la religion. Avant lui en effet les Historiens collectionnaient les faits : le Sultan a pris sa nouvelle épouse le 3ème jour aprés la pleine lune, il a ensuite fait la guerre au Sultan d'à côté, etc. Bref, il s'agissait plutôt d'éphémérides. On essayait pas de comprendre le pourquoi des guerres, des luttes d'influence, le pourquoi de la naissance et du déclin des civilisations locales ou régionales. Le fameux "mektoub" religieux suffisait à expliquer les choses dans l'esprit des contemporains.

Dans son livre les Prolégomènes (le fameux Muqaddimah), Ibn Khaldoun avait remarqué que les tribus du désert vivant à la dure, trés aguerris de ce fait, prenaient d'assaut de temps à autre la ville locale où régnait un sultan et sa cours. Le chef de la tribu (le barbare) prenait alors la place du sultan (l'empereur), et le cycle recommençait au bout de quelques générations, le temps pour les descendants du 1er Barbare devenu Empereur, de s'engoncer dans la vie facile et la déchéance. Ce qui prenait environ 120 ans selon Ibn Khaldoun.

Ce qui est arrivé aussi à l'Empire Romain qui s'est pourri de l'intérieur ("panem et circenses"), avant de tomber sous la 3ème poussée des Barbares (là cela a pris 300 ans..). Bref, les exemples ne manquent pas.

Ce shéma d'interprétation a ensuite été repris par Hegel (la fameuse dialectique matérialiste), par Ricardo (propriétaires terriens vers nouveaux capitalistes industriels), par Engels/Marx (prolétaires versus capitalistes), et sur une autre voie par Max Weber (qui a expliqué la naissance du capitalisme par la Réforme : protestantisme versus "empire catholique" à savoir investissement productif versus dépenses somptuaires).

En 1998, Jean Louis Gassée, alors DG d'Appple US, nous avait fait l'amitié de venir nous faire une conférence à l'Atelier. Conférence qu'il avait intitulée : Emperors versus Barbarians. Mes restes de cours d'histoire de la pensée économique que je rappelle en préambule de ce post, me sont revenus en mémoire. Et il me semble qu'aujourd'hui ce cycle infernal se poursuit...

Dans les précédents posts dominicaux sur le thème "la netéconomie, c'est reparti", je décrivais le bazar (pour ne pas dire autre chose) de l'intermédiation entre l'offre et la demande. Dans chacun de ces 5 secteurs de cette intermédiation, des entreprises ont acquis des positions dominantes en utilisant des technologies traditionnelles (voiture et parking pour la distribution, papier et rotatives pour l'information, etc...). Comme elles ont réussi à s'imposer (en tuant d'ailleurs les Empereurs d'avant par exemple Félix Potin qui a été bouté hors marché par la grande distribution...), elles ont acquis des mentalités d'empereurs. Elles s'avachissent. Et leurs structures hiérarchiques pensent que cela va continuer comme avant, comme si de rien n'était.

Mais comme par le passé, une nuée de barbares se ruent contre ces empires en utilisant les nouvelles technologies de l'Internet. Leur objectif est simple : devenir empereurs à leur tour. Comment ? En apportant à la demande (les consommateurs) une plus grande valeur ajoutée que celle permise par les empereurs traditionnels avec leurs "vieilles technologies". L'intermédiation ne va disparaître, elle va seulement se raccourcir. Plus de valeur, et baisse des prix. Que demande le peuple ?

Nos empereurs traditionnels ne vont certes pas se laisser faire. Ils vont essayer de barrer la route à ces barbares, en essayant d'intégrer eux-mêmes ces nouvelles technologies. Mais ce n'est jamais simple de changer de mentalités (car ils sont organisé en silo, alors que l'Internet permet une grande transversalité), ce n'est jamais simple de mettre à la poubelle des investissements pas toujours amortis...

Pour l'instant, nos empereurs ont réussi à contenir la première vague de barbares, qui est parti "en bulle" devant les remparts des empires. Un grand patron de la distribution m'a ainsi fait cette remarque qui en dit long (en se passant le dos de la main sur le front comme pour éponger de la sueur) : "Alors Billaut, on a eu chaud avec vos c......s. Maintenant on repart comme avant. Ouf !"(cela devait être au Retail Show de New York de janvier 2002).

Pourquoi la première vague s'est brisée ? A mon avis parce qu'elle est partie trop tôt. Il n'y avait pas grand monde en effet de connecter à l'Internet, peu de bande passante, et le "always on" n'existait pas...Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et la deuxième vague de barbares se préparent, avec à leur tête une poignée de rescapés qui a traversé la bulle sans trop de problèmes. De nouveaux empires mondiaux se mettent en place sous nos yeux. Les empereurs d'avant résisteront-ils ? Se feront-ils la guerre entre empires ? (grande distribution versus banque par exemple)

Suite au prochain numéro.

Commentaires

David Latapie

l n'y avait pas grand monde en effet de connecté à l'Internet>
Delenda Carthago, n'est-ce pas ?

Je me demandais si vous aviez décidé d'ouvrir un cours de réflexion économique. Que nenni, c'est pour mieux revenir à ce bon vieux (TRÈS) haut débit et ses implication non-technologiques.

Continuez, avec tout mon soutien, à écrire de tels articles tant de qualité que d'(excellente) vulgarisation.

Fred

Faudra faire attention, le Gaulois à la peau (pour ne pas dire le neurone) dure... Tout ce qui n'est pas .fr n'est pas Français. La frontière (le rampart) des langues sera un frein à mon avis. Se posera donc le choix d'une langue commune qui permettra à tout le monde de désigner la même chose (gros morceau). L'image devrait régner en maître absolu. Reste aussi à trouver une identité plus Européenne au concept des échanges du Web. La construction de l'Europe se heurtera aux mêmes problèmes de langue commune. Alors ??? FR, GB ? EU vs COM prochaine confrontation des empires ?
Pour ce qui est du faux départ, il aura eu le mérite de montrer qu'Internet éxiste aux yeux du monde et était necessaire aux positionnements actuels. Mais il ne faudrait pas tarder à faire re-démarrer le bébé, sous peine de le voir mourir alors qu'il est en train de sortir de l'oeuf. Ce serait dommage. Quand on obtient pas satisfaction, en général, on ne s'attarde pas, on passe à autre chose, et dans ce domaine, la concurrence des pays est rude, surtout quand on sait que l'internet surpasse les frontières et les lois actuellement en place, une sortev de "no man's land" qu'il faut protéger à tout prix pour encourrager les initiatives. Les récentes lois Françaises prises à l'encontre du MP3 sont un exemple simple d'une transition qui se fait avec des bâtons dans les roues.

:o)

Bruno Rives

"Hum, interesting...". J'abonde dans le sens du maître, avec une mise en garde sur l'éclatement de la bulle Internet et sur l'annonce d'un nouvel eldorado.

Les Japonais intègrent depuis 15 ans les nouveaux médias pour booster leur communication, leurs systèmes d'information, et désormais l'ensemble de leur économie traditionnelle, contrairement aux tenants de la "net économie", qui pensent que le média (?) va permettre à de nombreux entrepreneurs de créer de nouveaux modèles économiques et marketing indépendants, et surtout de faire de l'argent avec. Car somme toute, c'est bien de cela qu'il s'agit.

Ce n'est pas parce que Google vaut des milliards (mais un soft de gestion documentaire de ce niveau, autant diffusé, aurait fait beaucoup d'argent au temps de la gestion documentaire, essayez Google Desktop Search sans l'Internet pour vous en convaincre...), que Skype se développe (mais en utilisant gracieusement les ressources financées par d'autres, pour combien de temps?), que Amazon réussit (mais Michael Dell n'a-t-il pas réussit?), ou que certains petits futés profitent d'une faible avance pour faire de l'argent sur le dos d'empereurs assez naifs pour racheter des activités et clients qu'ils ont déjà sans le savoir, ce n'est pas pour toutes ces raisons et beaucoup d'autres que des cyber barbares ont ou vont débarquer facilement.

Mais il est un fait que les barbares, sans qu'ils soient cyber et sans qu'ils soient nouveaux, vont vite, très vite, grace à l'Internet, et que si les empereurs, quels qu'ils soient, ne mettent pas à jour les longues vues de leurs sentinelles et ne resserrent pas les rangs autour de leur coeur de métier, alors le pire pour eux est à craindre.

LeOgAhEr

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